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16 mai 2018

Quelle est la différence entre un entrepreneur social et un entrepreneur privé?

La seule personne qui pouvait répondre à cette question est bien évidemment un entrepreneur social.
Nous avons donc demandé à Donald Gingras, entrepreneur-athlète gradué de l’EEB et directeur général de la Fondation des Patros, de nous expliquer quelle est la différence, selon lui.

 Sa réponse?
Il n’y en a pas.
Entrepreneur privé ou entrepreneur social, ça reste un entrepreneur.

Plongeons-nous dans son univers et apprenons sur le sujet, ensemble.

 

1. Donald, pourquoi, selon toi, il n’y a pas de différence entre un entrepreneur qui œuvre dans le milieu social et un qui œuvre dans le milieu privé?

Une entreprise, peu importe sa mission, sa vision et ses valeurs, reste une entreprise. Il y a les mêmes problèmes, les mêmes enjeux, les mêmes dynamiques… C’est la même affaire, la même mécanique.

Un ami qui m’inspire beaucoup, Michel Dallaire, a déjà dit : « Il n’y a pas de différence entre l’entrepreneur social et l’entrepreneur privé, les deux ont le devoir de faire des profits pour redonner. Pour un au profit des actionnaires, pour l’autre pour les services offerts aux bénéficiaires. Le but ultime est de garder l’entreprise en bonne santé pour pouvoir contribuer à sa communauté et à la société. »

Mes « actionnaires » sont les bénéficiaires de nos services. Mon travail comme entrepreneur est d’équilibrer nos budgets et pouvoir réinvestir dans nos services, il faut aussi que je leur donne la parole comme les actionnaires d’une entreprise privée.

On vit les mêmes enjeux : créativité, renouvellement de notre approche, recrutement de personnel, RH…
On a même des budgets qui ressemblent à des entreprises importantes. Le budget annuel consolidé des Patros est de 16 M$ quand même…

À mon avis la seule différence, c’est la raison d’être de l’entreprise. La mission d’une entreprise sociale ou collective est d’être au service et redonner.

Et vous savez quoi,

« Il y a un côté entrepreneur social dans tous les entrepreneurs, encore plus s’ils s’en rendent compte. »  

Lorsque leur entreprise prospère, quand ils créent de la richesse et quand ils s’impliquent dans leur communauté, eux aussi font une grande différence dans leur milieu.

 

2. Est-ce qu’il y a des enjeux qui s’ajoutent dans le milieu social?

Je dirais qu’un des enjeux est une certaine forme de dépendance au soutien de l’État.

Notre financement de l’État représente 25 %-30 % de notre budget. Ce pourcentage-là il est tannant, parce qu’il a une importance relative, mais c’est surtout qu’il vient avec des contraintes de répondre… aux besoins des programmes plutôt que celui des bénéficiaires!!

Certains organismes communautaires ont un budget qui dépend à 80 % de l’État. Si l’État coupe ses allocations, ça peut tuer l’entreprise sociale, car il n’y a pas assez de financement pour soutenir l’organisation.

Je nous trouve chanceux dans les Patros d’avoir eu l’audace de diversifier nos sources de revenus qui nous permettent une certaine forme d’indépendance pour répondre réellement aux besoins des communautés où nous sommes installés à Québec, Ottawa, Jonquière et Montréal.

 

3. As-tu toujours su que tu étais un entrepreneur?

Non. Ça m’a pris du temps.

J’ai commencé dans les Patros quand j’étais enfant. J’ai tout fait! Je me considère comme une relève familiale.   Les dirigeants actuels des sept Patros sommes les « héritiers » des religieux de Saint Vincent de Paul qui ont fondé les Patros en 1861. Ils ont eu la bonne idée de former les gens qui étaient dans Les Patros pour prendre la relève, et ç'a a fonctionné. Alors, je ne me voyais pas comme entrepreneur, mais plutôt comme quelqu’un qui était au service d’une cause.

J’ai été mis là, c’est ma vocation. Mais je ne me voyais pas nécessairement comme un entrepreneur.

Comme directeur général du Patro Laval à Québec pendant 13 ans, j’ai eu à côtoyer des gens d’affaires en créant et en animant un réseau d’ambassadeurs de mon organisation. À leur contact a germé cette flamme qui me disait que nous n’étions pas tant différents… J’ai réalisé qu’avec un budget de 1,5 M$ et en étant un des plus gros employeurs du quartier… je faisais partie de la gang! Par contre, mon passage dans le Programme Élite a changé bien des choses. J’étais avec 23 autres entrepreneurs, et au début, j’ai ressenti le sentiment d’imposteur. Mais il y a un moment où ç'a a cliqué. Je me suis rendu compte que j’étais, que je suis, un entrepreneur, et pas juste un gars du service communautaire. Je me suis assumé. J’ai assumé ma vocation, mon milieu, et maintenant, je peux propulser mon organisation au même niveau que les grandes entreprises. J’ai appris à assumer mon leadership en ce sens.

J’ai appris de mes confrères et consœurs, qui étaient dans un contexte différent du mien, et c’est toute notre cohorte qui en est ressortie grandie. À ma graduation, j’ai dit à Marc Dutil, le fondateur de l’École :

« L’intuition que tu avais eue c’était de me faire réaliser que j’étais un entrepreneur, et finalement, dans la cohorte, tu as gagné un entrepreneur social qui assume qu’il est entrepreneur, et tu as 23 autres entrepreneurs, qui sont repartis avec un côté encore plus philanthrope. » 

24 entrepreneurs, et aussi, 24 entrepreneurs sociaux à leur manière!

 

4. Finalement, que donnerais-tu comme conseils à quelqu’un qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat social?  

Les mêmes conseils que je donnerai à un entrepreneur qui veut se lancer dans le privé :

  1. De croire en ce qu’il va faire.
  2. Analyser son marché.
  3. Le faire par conviction de cœur.

Ma raison d’être, c’est d’être au service des gens. Oui, je suis entrepreneur, mais je me réalise en aidant les autres.

J’ai déjà été frustré de ne pas avoir mon entreprise à moi, mais ce que j’aime dans la vie, c’est d’être au service des gens. Alors si je trouve une cause qui me permet d’assouvir ma passion d’être au service des gens, c’est cela que je veux faire.

Et je l’ai trouvé.
J’ai accepté que je suis un entrepreneur social.
Et ça ne fait pas de moi un moins grand entrepreneur.

Donald

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