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15 juin 2015

Le scandale de la FIFA : Un cas d'école en éthique et de gouvernance

Texte publié dans Les Affaires, Édition du 13 juin 2015 

Monsieur Dutton à rédiger un texte sur la gouvernance et à l’éthique au sein des organisations, en abordant le sujet du scandale de la FIFA.

Selon lui, le principal dirigeant d'une entreprise ou d'une organisation doit s’assurer que règnent les « trois C » de la gouvernance éthique : clarté des valeurs, contrôles adéquats et culture de l’éthique.

Est-ce que M. Joseph Blatter est coupable? Peut-être pas, mais il est imputable, et Monsieur Dutton explique très bien pourquoi.

...

« Je ne peux pas surveiller tout le monde, tout le temps. Si quelqu’un veut mal agir, il cherchera aussi à le cacher. »

C’est ainsi que M. Joseph Blatter, président de la FIFA, se dégage de toute responsabilité face aux nombreuses accusations de corruption rendues publiques depuis le 27 mai dernier contre des hauts dirigeants de la FIFA et de fédérations régionales associées.

Je ne suis pas particulièrement amateur de soccer. Mais cette petite phrase de M. Blatter m’a néanmoins interpelé, parce que je m’intéresse à la gouvernance et à l’éthique au sein des organisations. Et parce que j’ai été pendant des années dirigeant d’une entreprise qui, toutes proportions gardées, avait des budgets de commandite sportive conséquents.

La FIFA : la faillite des trois « C »

 Une fois digéré le sentiment d’indignation devant les allégations de corruption « endémique et systémique », couvrant « au moins deux générations », formulées par le procureur général des États-Unis au sujet de la FIFA, la question qui se pose naturellement est la suivante : qui doit être tenu imputable d’une telle situation?

Aucune accusation n’a été déposée contre M. Blatter, et il est bien possible qu’il n’y en ait aucune. 

Accordons-lui le bénéfice du doute. Mais est-ce que sa non-culpabilité criminelle l’exonère de toute responsabilité, lui qui est cadre de la FIFA depuis 40 ans, dont 17 ans à titre de président?

Aucun président d’une multinationale ne peut savoir ce que fait « tout le monde, tout le temps » dans son organisation.  C’est pour ça qu’existent des systèmes de contrôle et de gouvernance. Mais le principal dirigeant doit s’assurer que règnent, dans son organisation, les « trois C » de la gouvernance éthique : clarté des valeurs, contrôles adéquats et culture de l’éthique.

Dans le cas de la FIFA, la corruption « endémique » concernerait l’organisation de la Coupe du Monde de football. Celle de 2014 a représenté à elle seule 84 % des revenus de la FIFA sur le cycle 2011-2014. Que la corruption ait existé à l’échelle alléguée par le procureur général des États-Unis témoigne d’un échec colossal en matière de valeurs, de contrôles et de culture – le cœur même de la responsabilité d’un président.

Présumant que M. Blatter n’est coupable d’aucun crime, il demeure totalement imputable de cet échec.

Pourtant, son départ ne suffira pas à assainir les mœurs et la culture de l’organisation. Il faudra une refonte en profondeur de tous les systèmes de gouvernance. Dans un organisme essentiellement politique, où 209 fédérations nationales jouissent d’un droit de vote égal, il faudra des mois, voire des années, d’efforts déterminés pour y arriver. 

Et, sans doute, une impulsion externe.

Les commanditaires : une stratégie en trois étapes

L’arrestation de dirigeants (parions qu’il y en aura d’autres) constitue une telle impulsion. Mais il faudra sans doute davantage.

On pense tout de suite aux commanditaires. Les droits de télédiffusion et les droits marketing représentent 72 % des revenus quadriennaux de la FIFA. Ils sont son cœur et ses poumons.

Que devrait faire un commanditaire? Entre le silence gêné et le claquage de portes, il y a toute une palette de stratégies. 

Retirer ses billes, rompre tout rapport d’affaires avec la FIFA? Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. On veut assainir la gouvernance, pas tuer le sport le plus populaire du monde – on ne veut pas, non plus, détruire un des véhicules promotionnels les plus puissants pour une marque mondiale.

Je vois une approche en trois étapes. 

D’abord, un commanditaire d’importance devrait faire une enquête interne rigoureuse sur ses liens d’affaires avec la FIFA : non seulement l’univers contractuel, mais surtout le processus de négociation qui y a mené et les cadres qui y ont participé. La corruption ne se pratique pas seul. Les cultures déviantes sont contagieuses. Avant toute chose, une entreprise qui a des liens d’affaires importants avec un organisme comme la FIFA veut s’assurer qu’elle ne fait pas partie du problème. Après, seulement, elle peut s’imposer comme partie de la solution.

En deuxième lieu, exiger de la FIFA qu’elle prépare et fasse connaître rapidement un plan de redressement précis et détaillé. S’il n’appartient pas aux commanditaires de déterminer quelles doivent être les règles de gouvernance de la FIFA, ils doivent s’assurer de la mise en place d’un processus crédible qui a des chances de les assainir.

En troisième lieu, revoir les exigences contractuelles à inclure dans la prochaine entente de commandite. Ces exigences devraient traiter non seulement de normes minimales à respecter en matière de gouvernance et de contrôle, mais aussi prévoir la possibilité pour le commanditaire de procéder ou de faire procéder à des audits de la FIFA pour s‘assurer que ces règles minimales soient respectées. 

Depuis quelques années, on demande aux fabricants d’être intraitables avec leurs sous-traitants en matière d’éthique, d’environnement et de respect des droits de la personne. Le moment est venu pour les partenaires de la FIFA et d’autres organismes semblables, qui leur versent des dizaines de millions de dollars en commandites, d’être aussi exigeants avec eux qu’avec leurs sous-traitants.

 

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