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21 oct. 2019

Vaincre l’adversité: dans l’ADN de l’entrepreneur?

Être entrepreneur, c’est devenu tendance. Du moins, dans certains secteurs qui affichent de la créativité et qui font briller le Québec sur d’autres marchés, que ce soient les jeux vidéos et tout le secteur numérique, l’alimentation, la mode, le design, le spectacle et j’en passe.


C’est bien vu dans l’oeil du public et des médias, car on nous présente des gens qui ont du succès et qui transportent du rêve. Ils peuvent avoir vaincu des épreuves, mais quand ils en parlent publiquement, c’est généralement pour dire qu’ils ont réussi à les traverser et qu’ils ont repris le chemin du succès. La résilience est de mise quand on dirige une entreprise. Qu’on soit employé ou client, on veut se coller aux gagnants plutôt qu’aux perdants.

Mais qu’en est-il derrière les flashes des caméras? Depuis quelques années, j’ai le privilège de donner un atelier en storytelling aux entrepreneurs-athlètes du programme Élite à l’École d’entrepreneurship de Beauce. J’ai entendu dans ce contexte quelque 200 histoires qui touchent la motivation profonde des entrepreneurs et qui, pour plusieurs, parce que très intimes, ne se raconteraient pas facilement sur la place publique. Je retiens que, dans une grande proportion, devenir entrepreneur est l’expression même de la résilience.

Chaque session, je suis renversée par l’adversité qu’ont dû surmonter plusieurs entrepreneurs, dès la petite enfance. Parents absents, trop exigeants ou violents, instabilité familiale, pauvreté, échec scolaire, dépendances: peut-être qu’avant même de diriger une entreprise, ils cherchent une manière de se construire une vie qui ne ressemblera pas à leur passé. Au lieu de subir, ils deviennent maîtres de leur destinée. Né d’un père spécialisé dans les faillites en série, le fils choisit de se constituer un parc immobilier et d’investir dans des valeurs plus sûres. Encore adolescente, une fille démarre une entreprise dans les soins animaliers pour acheter une maison à sa mère, abandonnée sans le sou par son mari. Enfant oubliée par ses parents, une femme choisit de bâtir des milieux de vie pour ceux qui oublient: les malades d’Alzheimer… Je vous le jure, quand on touche la motivation entrepreneuriale, il est rarement question de faire de l’argent pour s’acheter une grosse maison, un gros chalet et un gros yacht.

Comme ils ont appris petits à vivre avec l’adversité et à développer des stratégies pour y faire face, ces entrepreneurs sont équipés pour affronter les vents contraires avec une détermination de fer. Entre les pénuries de main d’oeuvre, les difficultés financières, les conflits avec les associés, l’incertitude des marchés, la perte de clients et d’employés clés, les bris de confiance, le stress de performance, la vive concurrence, les horaires surchargés, les défis de croissance et la quasi impossibilité de décrocher pour vrai, ils vivent constamment sur le fil. Ils ne sont pas imperméables à la fatigue ni à la détresse, mais savent instinctivement naviguer dans les eaux tumultueuses. Ils n’ont jamais connu autre chose, bien qu’ils puissent y aspirer.

Toutes les généralisations sont abusives et je ne veux pas insinuer que derrière chaque entrepreneur il y a une enfance difficile. Mais je remarque que ceux qui n’ont pas traversé de grandes épreuves se demandent parfois s’ils sont de vrais entrepreneurs. Ils ne savent pas encore que leur force, c’est d’avoir confiance en la vie. Je ne crois pas qu’il y ait de vrais et de faux entrepreneurs, seulement des entrepreneurs aux forces différentes. Nous avons tendance à valoriser davantage les battants parce que nous voyons plus facilement en eux une source d’inspiration. Mais les confiants peuvent être des leaders très rassurants pour
leurs équipes, ne l’oublions pas.


Vous, quelles sont vos forces et comment les avez-vous développées?

À propos de l'auteur

Valérie Lesage

Valérie Lesage

Valérie Lesage est Chef du Centre de l'intelligence entrepreneuriale à l’École d’entrepreneurship de Beauce.

Diplômée en journalisme et en études cinématographiques, Valérie a été journaliste pendant 25 ans à la radio, à la télévision et en presse écrite. Elle a couvert la justice, la politique, l’économie et la culture pour différentes entreprises de presse, dont TVA, Radio-Canada, Le Soleil et Les Affaires. Elle est aussi auteure de deux livres d’affaires, Dans la jungle du réseautage, publié aux Éditions Transcontinental, et Le plaisir d’entreprendre, publication numérique de Les affaires. En 2014, elle a signé un premier roman aux Éditions JCL, Ne me tue pas si tu t’en vas.

 

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