Réflexions

La Réussite

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Robert dutton

Lorsque l’École m’a demandé un texte sur la réussite, j’ai été un peu surpris. Le sujet est vaste, porteur de confusion sur le sens de la réussite, sur les symboles et, évidemment, sur les moyens de réussir. Le sujet engendre donc beaucoup de questions.

Quelques jours plus tard, je reçois un texte à paraître sur le blogue d’un ami, Luc Phaneuf, rappelant « La société des poètes disparus ». Ce film raconte l’histoire d’un garçon timide envoyé dans une austère université du Vermont. Il y rencontre M. Keating, un professeur de littérature, brillamment interprété par Robin Williams. Celui-ci bouleverse la vie de ses étudiants par son anticonformisme et son acharnement à éveiller en eux intérêts et passions.

Dans une des premières scènes, M. Keating invite ses étudiants à se rendre dans le hall d’entrée pour regarder les photos de finissants des premières années de l’université, dont certains sont devenus fort célèbres. Pendant que les étudiants observent les photos en silence, M. Keating murmure :

« Ces jeunes étaient comme vous, pleins de rêves, avec leurs forces et leurs faiblesses. Ils rêvaient eux aussi de faire quelque chose de leur vie. Maintenant, ils sont morts. Ils nourrissent les pissenlits par la racine! Pour eux, il est trop tard. C’est fini. Ont-ils accompli leur rêve, réussi leur vie? Vous, quel est votre rêve? Que laisserez-vous d’unique à votre mort? Aurez-vous réussi votre vie? »

Cette scène me fascine par son intensité et sa profondeur. Le jeu de Robin Williams y est exceptionnel. Les mots prononcés par le professeur Keating m’interpellent : le rêve, le legs unique, devenir ce que nous sommes vraiment…

D’abord le rêve.

Rêver. Rêver grand et rêver prudemment puisque souvent nos rêves se réalisent. Surtout lorsqu’ils sont empreints de beau, de bon et de bien.

Le rêve éveille notre passion et la passion est le moteur de l’action. Dis-moi à quoi tu rêves et je te dirai qui tu es. Les rêves nous définissent, pas seulement comme entrepreneur, mais comme personne. Nos rêves personnels et nos rêves professionnels doivent se conjuguer dans une mission de vie qui donne du sens à notre existence. Il est essentiel de partager nos rêves et de les communiquer puisqu’ils attireront des gens qui souhaitent participer à leur accomplissement. Il faut beaucoup aimer ces personnes-là, car, sans elles, il n’y aura pas de réussite. Parce qu’on ne réussit jamais seul.

Donc, pour réussir, il faut savoir rêver, savoir partager nos rêves et se donner la mission de les accomplir avec d’autres.

Que laisserons-nous d’unique à notre mort?

Je crois bien que tous les entrepreneurs désirent laisser derrière eux une belle entreprise, rentable, efficace, administrée par une relève de qualité.

Tous souhaitent garantir à leur famille une sécurité financière solide.

C’est bien, c’est généreux.

Toutefois, cette quête de sécurité dévie parfois vers l’accumulation obsessive de biens matériels pour afficher socialement sa réussite, son succès. Les symboles de la réussite deviennent alors tellement importants qu’ils sont une fin en soi. L’obsession de mourir riche de certains entrepreneurs m’a souvent fait sourire, mais aussi choqué et déçu.

Attention, je le répète : la sécurité financière de sa famille et de son entreprise est une priorité importante.Toutefois, les symboles matériels de notre réussite ne donneront jamais de sens à notre succès.

Alors, revenons à la question du professeur Keating.

Qu’allez-vous laisser d’unique à votre mort?

Nous le savons maintenant les biens matériels s’usent, se démodent et finissent souvent dans les cours de récupération. On se blase de tout…

Maya Angelou, grande poétesse américaine, a dit un jour : « Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais ils n’oublieront jamais l’émotion que vous leur avez inspirée. »

Il y a dans ces mots une piste de réflexion sur ce que nous devrions vouloir laisser d’unique derrière nous.

Comment savoir l’émotion que nous laissons chez les personnes que nous rencontrons dans notre vie? Presque impossible. Nous avons peu de contrôle sur l’effet que nous avons sur les autres.

Pour qu’une émotion soit indélébile et marque ceux que nous rencontrons sur notre chemin, elle doit sûrement provenir d’une personne vraie, authentique et cohérente. Authenticité et cohérence sont des traits de personnalité que l’on retrouve chez les grands leaders et les personnes inspirantes. Les deux caractéristiques se retrouvent autant dans les façons d’être que dans les façons de faire des personnes qui nous touchent, nous impressionnent et nous marquent pour toujours.

Et c’est sans doute en pensant à ses caractéristiques que le professeur Keating demande à ses étudiants : « Serez-vous devenu qui vous êtes vraiment? »

Il savait fort bien que devenir ce que nous sommes vraiment est le travail de toute une vie.C’est un chantier permanent et exigeant. Mais il savait aussi que devenir qui nous sommes est la seule façon d’être heureux. Enfin, il se doutait aussi que notre façon d’être unique est le plus grand legs que nous pouvons laisser à ceux que nous aimons et qui nous aiment.

C’est ça, la vraie réussite.

J’arrête ici, je retourne finir le film. J’ai encore besoin des leçons du professeur Keating afin de poursuivre l’apprentissage de qui je suis vraiment.

À propos de l'auteur
Robert Dutton
Robert Dutton
Entrepreneur-Entraîneur
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