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Marcel Dutil: un homme et son empire

29 avr. 2013

«Après un an en business, tu perds de l'argent. Tu continues d'en perdre la deuxième année. Et là, le concert reprend. Tu devrais fermer ça, Marcel! Je me suis fait dire ça pour Manac et pour Canam. J'ai plutôt choisi de continuer à me battre. J'ai passé au travers.»

La morale de cette histoire pour ce bâtisseur d'un empire industriel qui a effacé le mot retraite de son vocabulaire?

«Tant que tu ne t'es pas cassé la gueule, n'écoute personne!»

Ce matin-là, au siège social du Groupe Canam à Saint-Georges, l'industriel de 70 ans obéissait au doigt et à l'oeil aux directives du photographe du Soleil. Non sans montrer des petits signes d'impatience.

«Vous savez, ce n'est pas arrivé souvent dans ma vie que des gens me disent quoi faire comme vous le faites présentement», pousse-t-il à la blague au photographe qui prend un dernier cliché. Puis un autre. Puis un autre.

Jeudi, à Saint-Georges, la Beauce rendra hommage à Marcel Dutil, le bâtisseur d'entreprises, la source d'inspiration, le modèle à suivre.

Pas moins de 600 personnes - il reste quelques billets au coût de 500 $ - sont attendues à cette occasion. L'initiative provient d'un regroupement de gens d'affaires désireux de souligner l'apport du président du conseil d'administration de Canam à la communauté.

«La première fois que les organisateurs m'ont approché, j'ai dit non. La deuxième fois, ils ont été plus insistants!» indique Marcel Dutil en précisant qu'il avait fini par accepter à la condition que les profits de l'événement soient remis à l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB), un lieu d'enseignement fondé par son fils Marc, qui est aussi président et chef de la direction de Canam.

«C'est une bonne cause. L'école est fréquentée par des jeunes entrepreneurs âgés en moyenne de moins de 40 ans. Ils ont la chance de côtoyer des gens d'affaires comme Laurent Beaudoin ou André Bérard. Des gens qui ont du vécu et qui, comme moi, ont fait leur part d'erreurs. L'entrepreneuriat est le seul métier qui n'est pas enseigné par des gens du métier. Tu pars en business et c'estgood luck pour la suite des choses.»

«Je vais au moins m'essayer»

Marcel Dutil confie qu'il n'a jamais cherché à devenir un modèle.

«Tu commences à travailler à 18 ans. Ta journée débute à six heures le matin et elle se termine à minuit. Tu fais ce qu'il y a à faire. Tout ce que tu veux, c'est réussir. Très tôt, dans ma carrière, j'ai appliqué des valeurs qui sont encore au coeur de notre mission: la satisfaction du client, la fabrication de produits de qualité et le maintien de bonnes relations avec les travailleurs.»

Son grand-père, Édouard Lacroix, a été une inspiration pour lui. Exploitant d'entreprises forestières, M. Lacroix est membre du Temple de la renommée du monde des affaires canadien. Il faisait travailler 6000 en Beauce, en Gaspésie et dans le Maine. Il a aussi été député à l'Assemblée nationale.

«Ma mère disait que jamais quelqu'un n'arriverait à accomplir ce que son père avait fait. Je me disais: "Je vais au moins m'essayer."»

L'ancêtre du Groupe Canam s'appelait Canam Steel Works. L'entreprise avait vu le jour en 1960. Les parents de M. Dutil, Gilberte Lacroix et Roger Dutil, étaient à la tête de la compagnie avec un partenaire de Boston, Albert Goldberg.

Marcel Dutil a commencé à travailler à l'usine de Saint-Gédéon en 1961 où il fut, tour à tour, assembleur, soudeur et contremaître sur le quart de nuit.

L'année suivante, il fait ses classes au bureau de Boston de la compagnie qui, à l'époque, vendait ses poutrelles d'acier exclusivement sur le marché américain. Puis, il revient à Saint-Georges, en 1963, pour terminer ses études. Une fois son diplôme de 12e année scientifique en poche, il rejoint les rangs de l'entreprise familiale ou il devient rapidement le patron de l'usine de Saint-Gédéon.

En 1966, alors que les plates-formes pour transporter les poutrelles d'acier se font rarissimes, Marcel Dutil fonde Manac, un fabricant de semi-remorques, puis, en 1972, il fait l'acquisition de l'entreprise familiale. Le Groupe Canam allait voir le jour l'année suivante.

En 2004, l'entreprise décide de concentrer ses activités sur la fabrication de produits de construction et largue Manac. La compagnie demeure cependant sous le contrôle de la famille de Marcel Dutil. C'est l'autre fils de ce dernier, Charles, qui assume aujourd'hui la direction de Manac qui fait travailler 1200 personnes à Saint-Georges et aux États-Unis.

Les affaires, c'est la guerre!

Marcel Dutil va le répéter à plusieurs reprises au cours de l'entrevue. Être dans les affaires, c'est comme être à la guerre. «Et tes soldats, il ne faut surtout pas qu'ils te tirent dessus!»

Les «soldats» de Canam, ce sont évidemment ses 3500 employés au Canada, aux États-Unis, en Roumanie, en Inde et à Hong Kong. Marcel Dutil inclut aussi dans son bataillon les clients, les fournisseurs et même les banquiers de l'entreprise dont les ventes ont totalisé plus de 900 millions $ en 2012.

«Si tu veux survivre, il faut que tu joues livre ouvert avec tout le monde», martèle-t-il. «Dans la vie d'un industriel, à un moment donné, tu frappes un mur. Quand ça arrive, les gens autour de toi vont te traiter de la façon dont tu les as traités. Si tu as essayé de les égorger, ils vont assurément essayer, à leur tour, de t'égorger.»

Marié à Hélène Giguère et père de quatre enfants (Marc, Charles, Anne-Marie et Sophie) celui qui classe l'acquisition de Treco (1977) et l'inscription à la bourse de Canam (1984) parmi ses «mauvaises décisions» se souvient de ses premières années à la barre de l'entreprise.

«À l'époque, je faisais 8000 ou 9000 milles par mois sur la route. Hélène et moi partions de Saint-Georges, de nuit, pour nous rendre à Boston. Elle conduisait et moi, je dormais sur le siège arrière. Arrivée à Boston, nous nous trouvions un petit motel par cher. Hélène allait dormir et moi j'allais faire ma journée de travail. En fin d'après-midi, on reprenait la route vers Saint-Georges. Et il arrivait souvent que je doive repartir en direction de Montréal aussitôt arrivé à la maison.»

Les jeunes entrepreneurs de 2013, Marcel Dutil les aime bien. «Ils sont brillants et travaillants.» Il s'interroge, par contre, sur leur volonté à vouloir repousser leurs limites. «Toute la question de la qualité de vie a pris beaucoup d'importance aujourd'hui. À mon époque, la semaine de travail de 32 ou de 35 heures, personne ne parlait de ça. Autre temps, autres moeurs, paraît-il.»

Hommage à Marcel

Le comité organisateur de la soirée-bénéfice en hommage à Marcel Dutil a créé un site Internet (www.mercimarcel.com) sur lequel les gens peuvent témoigner de leur appréciation de l'industriel beauceron. Voici quelques-uns des messages que l'on peut y lire.

Vous êtes pour moi une source d'inspiration. J'ai commencé ma carrière avec l'équipe de Canam et j'ai travaillé pour vous directement. J'étais comme une éponge! Vous m'avez appris à maximiser mon gros bon sens, à être brève, directe, honnête et claire dans mes directives. Chaque fois que vous m'avez accordé de votre temps, c'était pour moi un privilège. Une occasion d'en apprendre encore plus à chaque fois. Vous avez rempli mon coffre de tous les outils nécessaires. Geneviève Faucher

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Je ne vous ai rencontré qu'une seule fois lorsque vous avez rendu hommage à mon père, Louis-Georges Côté, pour ses 40 ans de loyaux services. Pendant toutes les années où mon père a travaillé chez Canam, il a toujours été élogieux pour l'homme qui lui a assuré du travail toute sa vie. Il estime qu'il y a peu de gens d'affaires qui ont une aussi grande vision en ayant ce principe inébranlable de préserver l'emploi en région. Peut-être un jour aurai-je l'honneur de vous rencontrer une deuxième fois? Alain Côté

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Lorsque je suis arrivé à St-Georges, j'ai entendu une version de l'histoire du Flying Moose que j'aimerais partager. M. Dutil participait à une convention de remorques pour Manac et il discutait avec son plus gros compétiteur qui lui mentionne avec conviction: «The day that Manac will have better trailers than us will be the day that moose can fly!» Comme on connaît M. Dutil, ça n'a pas pris de temps pour qu'il se donne un objectif: dépasser son compétiteur. Un an plus tard, Manac avait les meilleures remorques et de là naissait le fameux orignal avec les ailes qu'on retrouve sur toutes les remorques Manac! Il y a environ deux ans, j'ai demandé à M. Dutil si cette histoire était vraie. Il n'a pas vraiment répondu et a fait un petit sourire. Pour moi, ce sourire voulait tout dire. Brad Williams

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Un grand homme, qui sait que les petites choses en cachent souvent des grosses! Je vais vous raconter une petite histoire. Marcel, quand il venait nous visiter à l'usine de Calgary, ne s'annonçait pas et commençait souvent par une visite des bacs de ferraille pour voir si l'on gaspillait. Un jour, on l'a surpris dans un tube de ferraille avec un habit de grande valeur. Marcel ne s'est jamais laissé arrêter par le risque de tacher ses vêtements pour connaître l'état du gaspillage. C'est quelqu'un qui n'a pas peur de mettre la main à la pâte. Jamais personne n'a remis ses observations en question, car tous savaient qu'il ne ménageait pas ses efforts pour avoir les bonnes informations. Louis Veilleux

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