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La vie après Rona: Robert Dutton fait profiter la relève de son expérience

17 sept. 2013

Ensuite, tout au long de son association de 35 ans avec RONA - il a été président et chef de la direction du distributeur et détaillant de produits de quincaillerie, de rénovation et de jardinage de 1992 à 2012, soit jusqu'au moment de son départ forcé en novembre dernier -, il a aidé des marchands et des fournisseurs à réaliser leurs rêves et à prospérer.

Aujourd'hui, c'est à la relève entrepreneuriale que Robert Dutton adresse son leitmotiv. «Je peux-tu vous aider?» 

Au printemps dernier, Robert Dutton devenait le tout premier entrepreneur en résidence de l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB).

À Saint-Georges, on le désigne plutôt comme l'«entraîneur» en résidence. Il faut savoir que les Jean Coutu, Laurent Beaudoin, Alain Lemaire et autres grands noms du Québec inc. qui vont partager leur expérience et leur savoir avec les dirigeants d'entreprise inscrits à l'EEB - les «entrepreneurs-athlètes» - sont appelés des «entrepreneurs-entraîneurs».

«En novembre dernier, quand ma vie a changé, Marc Dutil [le fondateur de l'EEB et président et chef de la direction du Groupe Canam] a été l'un des premiers à m'écrire. Il m'a dit que j'aurai toujours ma place à l'école», raconte Robert Dutton au Soleil. À quelques reprises, ces dernières années, il avait enfilé son veston d'«entraîneur» pour venir donner ses judicieux conseils à des dirigeants d'entreprise qui déboursent jusqu'à 55 000 $ pour participer à un programme de formation innovateur d'une durée de deux ans composé d'une quinzaine de séjours de quatre ou cinq jours dans la Beauce.

«À la proposition de Marc de devenir entraîneur en résidence, j'ai répondu : "Et pourquoi pas, si ça peut être utile?" J'ai aidé les entrepreneurs toute ma vie. C'est ma mission sur la terre sans doute. En tout cas, ça me rend heureux», affirme l'homme âgé de 58 ans qui n'est pas prêt de passer à l'étape de la retraite. «Il me reste encore une bonne trentaine d'années de travail devant moi.»

La passion des gens, pas des clous!

Les enseignements prodigués ces temps-ci par Robert Dutton à une cohorte d'une vingtaine d'«entrepreneurs-athlètes» venus d'un peu partout au Québec - et dont l'âge moyen est de 38 ans - s'orientent autour des thèmes du leadership et de l'éthique.

«Avec d'autres entraîneurs, j'aide les entrepreneurs à mieux se connaître et à apprendre à savoir bien s'entourer. Nous voulons qu'ils deviennent, à la fin de leur parcours, de meilleurs chefs d'entreprise et ultimement de meilleures personnes.»

Son rôle de coach et de mentor, Robert Dutton l'exerce en développant une grande proximité avec ses ouailles. «Je l'ai dit à maintes reprises, ma passion chez RONA n'a jamais été les clous et les vis, mais les personnes!»

Pour bien connaître ses «entrepreneurs-athlètes» - la cohorte dont il est le parrain en compte une vingtaine - et surtout pour être en mesure de leur donner le meilleur de lui-même, il a pris l'initiative d'aller les visiter, à tour à rôle, dans leur coin de pays.

«J'en ai vu une dizaine cet été. Pour bien les épauler, je dois les voir évoluer dans leur environnement, dans leur entreprise. Je dois rencontrer leur famille. Je dois échanger avec leurs employés. Bien égoïstement, j'avoue y prendre un grand plaisir. C'est passionnant. Je découvre des secteurs de notre économie que je ne connaissais pas. Je n'avais pas la moindre idée du fonctionnement d'un bureau d'architecte ou encore d'une usine de fabrication de pièces de plastique.»

La solitude des entrepreneurs

Robert Dutton estime qu'il a beaucoup à apporter aux entrepreneurs.

«J'ai grandi dans une entreprise familiale. J'ai une expérience de 35 ans chez RONA avec des entrepreneurs et des fournisseurs. La solitude de l'entrepreneur, je la connais.»

Entre autres, il sait que le besoin le plus grand des chefs d'entreprise est celui d'être écouté. Ses entrepreneurs-athlètes connaissent tous son numéro de téléphone et son adresse de courriel.

«Ils veulent aussi se faire accompagner. Pas de se faire dire quoi faire. Seulement de se faire aider dans leur prise de décision. De toute façon, ici à l'EEB, nous ne mettons pas le poisson sur la table. Nous apprenons les entrepreneurs à pêcher.»

À l'École d'entrepreneurship de Beauce, Robert Dutton a l'impression de participer à quelque chose d'exceptionnel. «Passer par l'EEB va devenir une sorte de rite de passage pour les entreprises au Québec. C'est un lieu unique de formation et de transmission des connaissances d'une génération d'entrepreneurs à une autre. Ici, il y a plein de Jean Coutu, de Laurent Beaudoin, de Pierre Péladeau et de Marcel Dutil en puissance.»

Pas moins de 150 dirigeants d'entreprise sont inscrits à l'un ou l'autre des programmes de formation offerts par l'école depuis 2010.

Plus encore en favorisant le regroupement des dirigeants d'entreprise, l'EEB contribue à rebâtir la solidarité qui, jadis, était la marque de commerce des entrepreneurs québécois.

«À une époque, nous formions une société très solidaire. Nous ne le sommes plus. Nous sommes devenus trop riches trop rapidement. C'est à savoir qui aurait le plus d'argent. Aujourd'hui, la situation économique nous force à nous serrer les coudes.»

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Pour bien connaître ses «entrepreneurs-athlètes» - la cohorte dont il est le parrain en compte une vingtaine -, Robert Dutton a pris l'initiative d'aller les visiter, à tour de rôle, dans leur coin de pays.

LE SOLEIL, ERICK LABBÉ

«Mon coeur est encore là»

Robert Dutton fait encore des emplettes chez Rona même s'il avoue ne pas être un très grand bricoleur.

«Mon coeur est encore là. J'ai beaucoup de respect pour les marchands. J'aime encore beaucoup les employés. Priver Rona de mes achats? Celui qui va payer pour, ce ne sont pas les membres du conseil d'administration, c'est l'employé qui est sur le plancher.»

Après 35 ans de service, Robert Dutton a été congédié de ses fonctions en novembre dernier. Rona a préféré parler d'un «départ». Un bras de fer l'opposait aux actionnaires et administrateurs au sujet de la rentabilité vacillante de l'entreprise. En outre, M. Dutton s'objectait à une éventuelle prise de contrôle hostile de Rona par le quincaillier américain Lowe's. Il militait plutôt en faveur de la privatisation de la compagnie.

Robert Dutton est hésitant à revenir sur l'épisode de l'automne dernier.

«C'est évident qu'après dix mois, je n'ai pas encore fait le bilan de tout ça. Je sais que je vais être en mesure d'en parler, un jour, avec beaucoup plus de sagesse. Cependant, je ne suis pas encore totalement rendu là encore», exprime-t-il en entrevue au Soleil.

Il admet, cependant, que l'épreuve a changé sa perception des gens.

«J'ai vu, de ceux que l'on appelle les plus petits, ce qu'il y avait de plus grand. Et j'ai vu, de ceux qui se croyaient grands, ce qu'il y a de plus petit. J'ai toujours été près des gens ordinaires. J'ai bâti Rona avec des gens qui avaient de la bonne volonté et du coeur. Je n'étais pas one of the boys dans la communauté des affaires à Montréal. J'ai toujours été un outsider

Au moment du départ forcé de Robert Dutton, Rona exploitait un réseau de plus de 800 magasins. Ses ventes totalisaient 4,8 milliards $. L'entreprise comptait 30 000 employés au Canada.

Au troisième trimestre de son exercice financier 2013, Rona montrait une perte nette de près de 40 millions $. Un plan de restructuration visant une réduction de coûts de 110 millions $ d'ici à la fin de l'action bat son plein. Rona a annoncé, entre autres, la fermeture de magasins en Ontario et en Colombie-Britannique.

Cette semaine The Globe and Mail révélait que les marchands Rona sont déçus de la piètre performance de la chaîne et certains envisageaient de quitter la famille Rona.

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Trop timide pour dire non!

Jamais au grand jamais Robert Dutton n'aurait pensé devenir le patron du géant québécois de la rénovation.

«J'ai accepté un poste dans la compagnie en 1977 tout simplement parce que j'étais trop timide pour dire non!» révèle M. Dutton.

Il raconte que son père était propriétaire d'une quincaillerie Rona à Laval et qu'il envisageait, un jour, de lui succéder. «Je ne m'imaginais pas être capable d'aller travailler pour quelqu'un d'autre. J'étais bien trop timide pour ça!»

Un jour, son père rencontre le boss de Rona à l'époque, André Dion, et lui présente, fièrement, son fils Robert qui vient de décrocher son diplôme en marketing de HEC Montréal.

«M. Dion m'appelle quelques jours plus tard pour aller le rencontrer. Le jour venu, il me propose de venir travailler au sein de l'équipe de marketing. J'ai dit oui, car j'étais trop gêné pour dire non!»

En 1990, Robert Dutton est nommé vice-président exécutif et chef d'exploitation de la coopérative de marchands. Puis, deux ans plus tard, il prend place dans le fauteuil de président et chef de la direction.

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